« Neige » d'Orhan Pamuk (3)

Publié le 8 Janvier 2015

Quelques mots encore sur ce livre dans lequel Orhan Pamuk pose également son regard sur la relation qui s'est bâtie au fil du temps entre les pays ou les personnes « occidentalisés » et celles et ceux qui ne le sont pas.

Tu veux raconter combien nous sommes pauvres, combien nous sommes différents des gens qui lisent tes romans...

... tes lecteurs occidentaux, à force de s'apitoyer sur ma pauvreté, eh bien ils ne verraient pas ce qu'est ma vie.

Page 467

... on a confondu être pauvre et être idiot...

... Peut-être qu'on a pitié pour les pauvres pris un par un, mais dès qu'il s'agit d'un peuple pauvre le monde entier pense que ce peuple est idiot, écervelé, qu'il est un peuple paresseux, sale et incapable.

Page 315

L'auteur juxtapose cette pauvreté à la religion dans des dialogues comme celui-ci :

- Pourtant personne ne peut être heureux sans principes et sans foi, objecta Kadife.

-C'est juste. Mais, dans un pays d'oppression comme le nôtre, où on n'accorde aucune valeur à l'être humain, se détruire pour ses croyances n'a pas de sens. Les grands principes, les nobles causes, tout ça c'est pour les gens des pays riches.

- Au contraire. Dans un pays pauvre, l'être humain n'a pas d'autre refuge que ses croyances.

Pages 357 & 358

Tout semble se rejoindre, se confondre : poésie, religion, situation économique et politique, culture, dans une relation d'amour et de haine et un sentiment que Pamuk rapproche de celui de jalousie.

« Neige » d'Orhan Pamuk (3)

Europe, ah Europe/
Reste tranquille là-bas/
Ne profite pas de nos rêves/
Pour introduire en nous le diable. »

Page 318 (poème lu par un adolescent et décrié par ceux qui l'écoutent)

Eux, s'ils écrivent un poème, s'ils chantent une chanson, ils parlent au nom de toute l'humanité. Eux, ce sont des êtres humains, et nous, eh bien nous, nous ne sommes que des musulmans. Si on se met à écrire, ça devient de la poésie ethnique. »

Page 319

Je pense que l'être humain peut être heureux sans singer les Européens et sans être non plus leur esclave.

Page 370

Il y a là matière à réflexion... grande réflexion... questions et remises en question...
pour un bon moment me concernant, car la complexité de ces notions me semble infinie.