«La puissance des mouches» de Lydie Salvayre

Publié le 21 Août 2013

«La puissance des mouches» de Lydie Salvayre

Bonne pioche !

Ce livre, choisi parce que le mot «mouches» se trouve dans son titre est un petit bijou que je vous invite à découvrir absolument.

A priori, le portrait de ce meurtrier emprisonné qui répond aux questions d'un juge, d'un avocat et se confie à un psychiatre et un infirmier n'aurait pas dû susciter beaucoup de plaisir en moi. Ce fut pourtant le cas et il m'est même arrivé de rire de bon coeur.

Lydie Salvayre est responsable de ce tour de force. Elle propose un livre enrichissant, de ceux qui nous rendent plus aptes à comprendre la société dans laquelle nous vivons.

Et par le biais de son personnage, elle revisite les «Pensées» de Blaise Pascal si cruellement d'actualité.

Blaise Pascal

Blaise Pascal

Peu à peu, au fil du discours absurdement logique du prisonnier, nous pénétrons dans sa vie, son enfance, ses émotions et envisageons les possibles raisons de son acte.

La haine et la violence ne sont pas inscrites dans les gènes, mais elles se transmettent.

Ces meurtriers qui se trouvent «en marge» de la société, en sont-ils les déchets ou plutôt des exclus en raison d'une lucidité dérangeante ?

Ces questions fondamentales sont ici traitées dans un style remarquable et parfois «joyeux et amusant». Paradoxe ? Pas nécessairement. Un criminel peut être sympathique. La preuve en est ici faite... par moments.

L'image du «criminel» est ainsi remise en question. Mais, attention, pas TOUS les criminels :

J'estime, monsieur le juge, pour autant que vous teniez compte de mes opinions personnelles, j'estime qu'il est indispensable de faire dans ce procès le distinguo entre les deux grandes variétés de méchants : le méchant véritable ou méchant par vocation (papa, le Tueur de l'Oise, Staline, Hitler, etc.) et le méchant occasionnel (dont je suis un piètre représentant).

Page 108

Par ailleurs, une large place est faite à la mère du meurtrier. Sa femme également. Ses collègues de travail.

Ont-ils une part de responsabilité ?

Avons-nous une part de responsabilité ?

« Toute société a les crimes qu'elle mérite » affirmait Mathieu Kassovitz dans son film «Assassin(s)».

Sommes-nous ce «S» entre parenthèses ?

Un livre à lire donc... et à relire aussi souvent que nécessaire !