«En attendant la montée des eaux» de Maryse Condé

Publié le 17 Juin 2013

Déboussolée, voici ce qui me résume à la suite de la lecture du livre de Maryse Condé.

Ce livre m'a bousculée et c'est une très bonne chose.

J'ai été surprise tant pas sa forme que par son fond.

J'avais lu, il y a de nombreuses années, «Ségou» qu'il me faudrait relire tant son souvenir est désormais lointain. Je vais aussi assurément lire d'autres livres de cette femme dont les mots ont une réelle profondeur, une véritable humanité, une cruelle franchise aussi.

Pour moi, Maryse Condé est à la littérature ce que Nina Simone est au jazz : une grande dame meurtrie et talentueuse, mettant sa mélancolie entrecoupée de joies furtives dans son art pour transmettre au monde cette «âme noire» qui défie le temps, les guerres et, désormais également, l'acharnement de la Nature sur les pays la représentant à travers le globe.

Nina Simone (à gauche) et Maryse Condé (à droite)Nina Simone (à gauche) et Maryse Condé (à droite)

Nina Simone (à gauche) et Maryse Condé (à droite)

Parlons de la forme tout d'abord.

J'ai parfois eu du mal à suivre le cheminement de la pensée de Maryse Condé. Je cherchais effectivement à suivre «l'histoire» qu'elle nous conte alors qu'elle s'attarde plutôt aux «êtres».

Les portraits de ces hommes que l'on découvre au fil des pages constituent des chapitres entiers. Ces grandes parenthèses sont autant d'occasion pour Maryse Condé de nous parler de l'Histoire de différents pays, de l'aberration que chaque vie peut représenter quand le destin décide qu'il doit en être ainsi...

Le vocabulaire employé m'a aussi parfois surprise et je l'ai redécouvert. Écrire «pagaïe» plutôt que «pagaille» par exemple. Ce fut succulent, bien que déroutant encore une fois.

Enfin, il y a eu les phrases en créole que je pensais ne pas comprendre et ne pas pouvoir comprendre. Grandeur de l'oralité! Impossibles à déchiffrer par la lecture, je les comprenais en les disant. Ce fut une autre source de réjouissance.

«En attendant la montée des eaux» de Maryse Condé

Le fond maintenant... par où commencer ?

Par la fin peut-être, car c'est pour elle que l'on garde le meilleur n'est-ce pas?

C'est de l'attachement donc qu'il faut ici parler.

L'attachement que le lecteur a pour ce livre;

L'attachement de Babakar pour Anaïs;

L'attachement que des amis ont les uns pour les autres;

L'attachement que l'on a pour un pays même s'il n'est pas le nôtre.

Les liens qui permettent ces rapprochements parfois cocasses, inattendus et saugrenus aux yeux de certains sont au coeur du message de Maryse Condé. Nul besoin de regarder d'où vient celui ou celle que l'on aime. Aimons-le, voilà tout. Qu'il s'agisse d'un pays, d'une enfant ou d'une femme.

C'est ceci qu'illustre admirablement bien le livre de Maryse Condé au fil d'un voyage qui se déroule entre la Guadeloupe, Haïti et le Mali, parmi des noires aux yeux bleus, des mulâtres et des musulmans qui ne souhaitent qu'une seule chose : être ensemble.

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Cette chronique a été rédigée dans le cadre du Challenge Petit Bac 2013.