« La pluie avant qu'elle tombe » de Jonathan Coe

Publié le 30 Juillet 2014

C'est la petite marchande de prose qui a attiré mon attention sur ce livre que j'ai beaucoup beaucoup beaucoup aimé.

 

J'ai pourtant eu un peu peur durant les premières pages lorsque je me suis rendue compte que des photos étaient énumérées et décrites les unes après les autres. J'ai repensé au livre d'Annie Ernaux intitulé « Les années » que j'avais eu tant de mal à terminer. Mais, la comparaison s'est arrêtée là et je me suis très vite glissée dans le récit que Rosamond fait de sa vie comme l'on se laisse aller dans un bain très chaud.

J'ai senti mes pensées s'envoler au fur et à mesure des chapitres pour suivre Rosamond et les femmes de sa vie. Comme ce moment de détente que l'on savoure dans un bain, cette lecture était à la fois douce et engourdissante.

 

« La pluie avant qu'elle tombe » de Jonathan Coe

Je crois que ce sentiment m'est aussi venu du fait que ce livre semblait m'être destiné. Je sais que cela peut sembler un peu « bizarre », mais c'est pourtant ce qui est arrivé. Je m'explique.

 

Dans ce roman, les caravanes tiennent une place importante. Caravane où se cachent les enfants, caravane des acteurs en tournage et caravane/mobile home dans un camping.

 

Il se trouve qu'il y a également eu plusieurs caravanes dans ma vie (hou, là, là, je crois que ce billet est le plus étrange que j'écris depuis la création de ce blog. Mais bon, vous commencez à me connaître ! Donc, je poursuis quand même, tant pis pour le « qu'en dira-t-on ! »).

 

J'ai effectivement vécu avec mon père à une époque dans sa caravane.

Puis, pour la réalisation de mon seul et unique court-métrage, j'ai été chercher une caravane abandonnée dans une forêt et nous l'avons transporté sur un terrain pour y mettre le feu et tourner des scènes du film.

Enfin, j'ai travaillé durant dix ans dans le cinéma et donc connu les caravanes des comédiens dans lesquelles, ma foi, ils ne font pas que relire leur texte !

 

 

Bref, je vous raconte tout ça pour vous dire que cette coïncidence m'a amusée. Mais aussi parce que ces « coïncidences », ces « signes » , ces « hasards » de la vie sont finalement l'objet de ce livre.

Et c'est, je crois, ce qui m'a le plus touché. L'auteur, dont l'écriture est fluide et agréable, se risque à définir cela, ce drôle de fil conducteur de nos vies, impalpable avant qu'un jour l'on décide de se retourner et de regarder le chemin parcouru.

« La pluie avant qu'elle tombe » de Jonathan Coe

Au fil de ma lecture, j'ai repensé à l'une de ces « coïncidences » de ma vie.

Cela se passait au mois de juin 1997, il faisait une chaleur étouffante, je dormais les fenêtres ouvertes. Le matin, un violent coup de tonnerre, de ceux qui font vibrer toute la maison, m'a réveillée en sursaut. L'orage venait d'éclater. Je me suis levée pour fermer la fenêtre et éviter que la pluie n'entre dans la maison. Le téléphone a sonné : l'on m'apprenait la mort de mon père. Il venait de se suicider en se tirant une balle de fusil dans la tête. La détonation était parvenue jusqu'à moi.

C'était une simple coïncidence, je sais.

Regarde ces nuages. Il va y avoir de la pluie et de l'orage s'ils viennent par ici...

...ça ne me dérange pas la pluie d'été. En fait, j'aime bien ça. C'est ma pluie préférée.
- Ta pluie préférée ???

... Eh bien moi, j'aime la pluie avant qu'elle tombe.

... ça n'existe pas, la pluie, avant qu'elle tombe. Il faut qu'elle tombe, sinon ça n'est pas de la pluie.

... Bien sûr que ça n'existe pas...

C'est bien pour ça que c'est ma préférée.

Pages 152 et 153