Portrait : Paule Noyart (4 lectures)

Publié le 29 Janvier 2014

Portrait : Paule Noyart (4 lectures)

Le Québec : un pays, des livres, toujours plus de livres ! Les dernières recrues se retrouvent toutes ici.

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Portrait : Paule Noyart (4 lectures)

Dans le courant du mois de février 2014, j'aurai le plaisir de recevoir au cours de l'émission Reflets de la TVCW, Madame Paule Noyart.

Afin de préparer au mieux cette rencontre, je suis en train de parcourir la très riche bibliographie de cette auteure.

J'ai commencé par la lecture de «La Chinoise blonde».

Cette découverte de l'auteure belge, résidant au Québec depuis une trentaine d'années, fut un très très très agréable moment de lecture.

 

Le sentiment qui me reste à la suite de cette lecture en est un d'apaisement. Le rythme des mots, mais également les personnages, qui pourtant vivent des situations complexes et douloureuses, invitent à des moments de trève.

 

 

 

 

Ce pourrait être le portrait de Rose

Ce pourrait être le portrait de Rose

Avortement, maladie, mort, font partie des événements qui jalonnent  la vie de Rose et d'Antoine dont on partage les questionnements quant à leur couple. 

Mona, la mère d'Antoine, est présente elle aussi. Et puis Melvin, Claire et Basile qui apportent  leur aide... ou pas.

 

- C'est quoi être bizarre ?
- C'est ne pas être comme les autres.
- Comme quoi?
- Je ne sais pas... Comme une femme à barbe... une bonne soeur en tutu... une Chinoise blonde...

Page 187

Ce livre m'a un peu, par moments, fait repenser à celui de Paul Guimard : « Les choses de la vie » pour l'évocation de la distance et du rapprochement entre deux êtres. J'ai parfois aussi retrouvé dans l'onirisme de certains passages un peu du surréalisme des écrits de Boris Vian.

J'ai beaucoup aimé.

 J'ai commencé dans la foulée « La danse d'Issam » de la même romancière.

J'ai commencé dans la foulée « La danse d'Issam » de la même romancière.

Le Liban. La guerre du Liban. Non ! Ne partez pas ! Ce n'est pas un livre de plus sur l'absurdité et la cruauté de la guerre. C'est un livre sur le Liban et sur ceux qui l'aiment.

Paule Noyart, ici encore, trouve le ton juste pour évoquer un sujet mille fois traité. Elle ne s'attarde pas au décompte des victimes ou aux considérations politiques complexes et déroutantes. Elle évoque le Liban et les libanais chez eux, dans leur pays, que la guerre a transformé, mais qui jamais n'a perdu son âme.

- C'était comment, cette fois, Émile ?
- Je croyais que tu ne voulais pas parler de Beyrouth !
-Pas avec Pierre. Avec Pierre, vous ne discutez que de politique et on n'y comprend rien.
- Nous non plu.
- Moi, je parle du Liban d'avant, il doit bien en rester un peu, n'est-ce pas ?
-Oui, il en reste un peu.

Page 342

Le Liban raconté par Paule Noyart est celui de...

...Leila, jeune et belle infirmière chrétienne dont le grand-père druze est tué par un enfant devenu fou. Quelle ironie ! Leila qui a toujours plein d'enfants autour d'elle, qui leur voue sa vie dans son service de pédiatrie et bien au-delà.

...ceux qui se marient « vite fait » sur un toit, car c'est seulement depuis cet endroit-là que l'on peut voir venir le danger.

...Fadia qui, au risque de sa vie, ira mettre ses pots de fleurs à l'abri le temps que la guerre éclate pour ensuite aller les rechercher au moment de reconstruire refleurir.

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...Rosa, la petite fille traumatisée qui ne sait plus dire qu'un seul mot : «Pan!». L'on respecte son silence et l'on se réjouit lorsqu'elle revient à la vie parce-que Émile a parlé son langage : « Pan!».

...Issam, le franc-tireur qui ne tire pas franchement et qui, lorsqu'il peut enfin déposer son fusil, se met à danser...

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«Les vertus du lait de poule » n'est pas un roman. Il s'agit de récits.

Des rencontres. Des moments de vie. Des pays. Des sensations. 

Ce livre n'est pas mon préféré des trois que j'ai lu de Paule Noyart. Mais, il possède cependant de très belles qualités.

 

La première est relative au ton que Paule Noyart emploie pour nous conter ses aventures. J'ai ri à plusieurs reprises, sincèrement, sans parfois pouvoir m'arrêter. 

 

La seconde réside dans le fait que je possède désormais une mine d'informations pour préparer la rencontre du mois de février avec l'écrivaine.

Je fais maintenant un peu plus partie de sa famille. Je connais Louisa, la grand-mère.

Elle m'a appris que si on boit du lait de poule tous les soirs, on ne sera jamais malade; qu'il ne faut pas s'en faire quand papa et maman se disputent parce que c'est toujours comme ça dans les ménages; qu'un soldat qu'il soit boche ou anglais, est un homme comme les autres et qu'on peut le ramollir avec une soupe.

Page 7

Je connais aussi Hortense la jument. Je connais Jojo et Balzac, les chiens.

Je connais aussi surtout ceux qui auraient pu faire partie de la famille, mais qui ne sont que passés plus ou moins brièvement dans la vie de Paule Noyart et ont, à leur manière, eux aussi contribué à façonner son oeuvre.

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Je commence aujourd'hui (19 janvier 2014) la lecture de «La nuit d'Ostende» afin de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de Paule Noyart.

Après seulement quelques pages, j'ai envie de partager avec vous les mots qui suivent :

Delphine laisse courir son regard sur la pelouse impeccable : pas un seul pissenlit, pas une seule pâquerette, pas un seul chardon. Une pelouse cultivée, comme le bonheur des Verhoeven.

Page 96

J'ai refermé hier « La nuit d'Ostende » dont j'ai dévoré les 600 pages et qui laisse aujourd'hui un grand vide dans ma vie de lectrice.

 

Au fil de la lecture, je vous ai présenté Delphine (ci-dessus), Irène, Alma (qui meurt en écoutant Puccini) et Odile. Ces femmes traversent la Seconde Guerre Mondiale et nous les suivons, dans leurs actes héroïques et leurs terreurs bien sûr, mais surtout dans leur vie quotidienne, dans toutes ces petites choses de tous les jours que les circonstances transforment qu'on le veuille ou pas et celles aussi qui au contraire refusent de changer.

 

Comme avec « La danse d'Issam», j'ai retrouvé dans ce livre le même talent de Paule Noyart pour la description de ces moments d'humanité d'autant plus précieux qu'ils sont rares en temps de guerre.

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Je repense par exemple en écrivant cette chronique à cette journée où, se sachant sur le point d'être confrontée à la pénurie, la famille tente de faire du pain. C'est un désastre. Il faut s'y reprendre à plusieurs fois, chacun tente de faire mieux. Après plusieurs tentatives infructueuses, l'on savoure enfin un pain «mangeable ».

 

Ou cette autre fois où deux personnes retrouvées dans une cave racontent comment leur mère est morte à leurs côtés durant la captivité et comment ils voulaient soritr le corps de la cave en cachette pour lui donner une sépulture décente. Mais, chose imprévue, la seule ouverture envisageable pour ce faire, soit le soupirail, était trop étroite. Voici des détails auxquels l'on en pense pas lorsque l'on évoque généralement la guerre et que Paule Noyart décrit avec délicatesse, expliquant aussi comment l'un des personnages écoutant le récit ne peut contenir son fou rire nerveux. C'est humain, ça aussi, de craquer. 

 

Et après la guerre, que devient-on lorque cela fait quatre ans que l'on vit dans la clandestinité ? Il faut réapprendre à vivre, comme l'on a appris quelques années plus tôt à se contenter ou à résister.

 

 

Rien ne manque dans le livre de Paule Noyart, chaque chose est à sa place. «La nuit d'Ostende» me fait penser à de la dentelle confectionnée à la main, lentement, finement.

Lorsque l'ouvrage est terminé, l'on possède quelque chose capable de transformer en modèle d'élégance chaque vêtement, chaque instant de la vie.