«Le corps des femmes est un champ de bataille» de Laurent Chabin

Publié le 11 Avril 2013

«Le corps des femmes est un champ de bataille» de Laurent Chabin

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Sexe, violence et littérature, voici les trois ingrédients de ce roman réussi que je n'ai pourtant pas aimé.

 

Sexe

J'ai pensé d'abord avoir été «dérangée» par toutes ces petites doses de sexe dont le roman est émaillé.

Mais, à la réflexion, mon agacement vient peut-être plutôt de ce que lesdites doses de sexe me semblent ici superflues et leur description volontairement provocatrice. Je me questionne : pourquoi? Je n'arrive pas à comprendre en quoi cela sert le roman.

Ce thème ne justifie pas non plus le titre du livre qui, lui, fait référence aux armes blanches.

Le sexe ici a donc juste servi, me concernant, à me détourner par moment des pensées et du message communiqués par Chabin, ce que je déplore car ceux-ci sont intéressants, riches et matière à débat et réflexion. J'adore.

 

Violence

La violence, sa genèse, ses origines. Pourquoi celle-ci surgit-elle? Intéressante question à laquelle Chabin répond en faisant tenir à ses personnages les propos suivants:

 

... pour le pouvoir, la lutte contre la violence est la meilleure façon de se vendre au peuple qui l'accepte ou qui le met en place. Il doit veiller à ce que la violence perdure, puisque c'est elle qui le justifie. Le pouvoir a besoin de la violence et des instruments de la violence. Il y va de sa survie.

Peut-être pas si loin de la vérité... En tout cas, matière à réflexion.

Littérature

C'est autour de ce thème omniprésent dans le roman de Chabin que je me suis régalée.

Les effets de la littérature sur les lecteurs, le pouvoir de celle-ci, les liens étroits entre fiction et réalité. Tout est ici décortiqué avec finesse. Enrichissement intellectuel garanti.

Morceaux choisis :

... les effets de la littérature sur les lecteurs. Les livres ne sont pas grand chose en eux-mêmes. Seule compte l'interprétation que chaque lecteur peut en faire, l'impact qu'un texte peut exercer sur son environnement...
... le livre comme une arme. Oui. Mais, une arme bien faible. Une arme de destruction légère...
Provoquer la destruction nécessaire à la reconstruction.

La réalité est pire que la fiction. C'est dur pour l'ego des auteurs, mais c'est comme ça. Si vous recherchez l'horreur, laissez tomber la littérature, lisez plutôt le journal.

Ah oui, c'est vrai, ce livre est classé dans la catégorie «polar». Ce n'est pourtant pas son aspect le plus important à mes yeux. Oui, il y meurtres. Oui, il y a enquête, quoique. Et puis, dès la page 168, à cause d'un petit détail... «si l'on peut dire»... j'avais découvert le pot aux roses. Décevant. Bref, amateurs de polar, passez votre chemin. La substance de ce livre n'est pas ici à mon humble avis, mais bel et bien dans le regard que Chabin porte sur la société, les écrivains et leur rôle au sein de celle-ci.

Non, je n'ai pas aimé ce «polar» de Chabin, mais j'ai une énorme envie de découvrir d'autres écrits de cet auteur dont les réflexions me poussent à me questionner sur tant de choses... à commencer par la littérature elle-même.

J'ai manqué (en partie) un livre, mais j'ai découvert un auteur.

À bientôt Monsieur Chabin.

Cette chronique a été écrite dans le cadre du challenge Petit Bac 2013.